
Mehmet Kale, Creative Technology Manager
28 mai 2026

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Avec une Europe en panne de dynamisme et une Chine de plus en plus difficile d'accès, les acteurs suisses de la tech — les entreprises de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) — doivent regarder de plus près où trouver des gisements de croissance en Asie-Pacifique. L'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange AELE–Inde, une logique «China+1» de plus en plus aboutie et l'accélération des dépenses d'automatisation dans toute l'Asie du Sud-Est redessinent la carte des opportunités.
État des lieux: une année difficile, une région contrastée
2025 aura été une année difficile pour l'industrie tech suisse. Selon Swissmem, les volumes d'exportation du secteur des machines, des équipements électriques et des métaux ont stagné (+0,6 %) sur les trois premiers trimestres de l'année. Le détail par région est plus parlant: les exportations vers l'Asie ont reculé de 4,9% et celles vers les États-Unis de 3,8 %, tandis que le rebond des exportations vers l'UE (+2,9 %) a constitué le seul véritable facteur de stabilisation. Mais au sein même de l'Asie-Pacifique, la situation est loin d'être homogène.
En 2025, l'Inde s'est une nouvelle fois imposée comme le seul grand marché de croissance pour l'industrie tech suisse, alors même que les exportations reculaient dans la plupart des autres régions. L'Asie demeure une destination majeure pour les exportations suisses — elle absorbe près d'un quart de l'ensemble des biens exportés — et continue de représenter une part importante de la demande mondiale de biens d'équipement. Pour les entreprises MEM suisses, la question n'est donc pas tant «faut-il aller en Asie-Pacifique» que «où, pour quoi et avec qui» y aller.
croissance des exportations suisses de l'industrie tech en 2025
exportations vers l'Asie
part des exportations suisses de biens vers l'Asie
L'évolution structurelle la plus marquante pour les exportateurs industriels suisses en Asie-Pacifique est l'accord de partenariat commercial et économique (TEPA) entre les États de l'AELE et l'Inde, entré en vigueur le 1er octobre 2025. Au terme de seize ans de négociations, le TEPA est le premier accord de libre-échange conclu par l'Inde avec un groupement européen; et il comporte un engagement contraignant lié à la promotion des investissements. Les États de l'AELE se sont engagés à faciliter 100 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en Inde sur quinze ans, avec à la clé la création d'un million d'emplois directs.
Pour les exportateurs suisses de machines, d'instruments de précision et de dispositifs médicaux, le principal atout tient à la suppression ou à la réduction progressive des droits de douane sur la grande majorité des lignes de produits industriels: l'accès à un marché de 1,4 milliard de consommateurs aux droits d'importation historiquement élevés. Le TEPA facilite par ailleurs le séjour temporaire du personnel technique chargé de l'installation et de la maintenance, un déblocage bienvenu pour les fournisseurs de biens d'équipement. Un guichet dédié India–EFTA Desk a été mis en place pour accompagner les entreprises de l'AELE qui investissent en Inde.
En parallèle, Swissmem continue de plaider pour la ratification des accords de libre-échange avec la Thaïlande et la Malaisie, ainsi que pour l'actualisation des accords existants avec la Chine et le Japon. Des avancées sur ces dossiers amélioreraient encore le cadre offert aux exportateurs suisses dans la région.
Adrian Vogel
Chef de la division Secteurs industriels, SwissmemPartout en Asie-Pacifique, l'investissement dans l'automatisation industrielle reste soutenu, mais les moteurs ont changé.
En Chine, l'initiative «Made in China 2025» s'est traduire par une demande concrète de technologies de pointe sur mesure dans l'automobile, l'aérospatiale, les énergies nouvelles et les technologies médicales, autant de segments où les fournisseurs suisses conservent une longueur d'avance technique. Dans le même temps, la quête d'autosuffisance de la Chine alourdit les coûts de mise en conformité et contraint les fournisseurs étrangers à revoir leur stratégie de commercialisation.
Le scénario «China+1» n'est plus un simple slogan. Le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie et l'Inde absorbent de véritables relocalisations industrielles, en particulier dans l'électronique, les semi-conducteurs, les composants pour véhicules électriques et l'ingénierie de précision. L'analyse de cette tendance montre que les meilleures opportunités pour les fournisseurs MEM suisses tiennent moins à l'accroissement brut des capacités qu'aux exigences de qualité, d'efficacité énergétique et d'automatisation de ces nouveaux sites – précisément les domaines où la technologie suisse se distingue par la valeur plutôt que par le prix.
Le Japon et la Corée du Sud, eux, restent des marchés exigeants mais lucratifs pour les composants de haute précision, les machines-outils et l'automatisation de niche — des domaines où la fiabilité éprouvée et les partenariats de service de long terme pèsent davantage que le prix affiché.
Les entreprises suisses du secteur MEM l'emportent rarement sur les prix en Asie-Pacifique. Elles l'emportent sur la précision, la fiabilité, la maîtrise des procédés et la capacité à résoudre un problème client précis mieux que quiconque. Les secteurs où cela se vérifie aujourd'hui: machines-outils et outillage, mesure et contrôle, technologies médicales, équipements de production pharmaceutique, composants pour la production et les réseaux d'électricité, et sous-systèmes spécialisés pour la fabrication de semi-conducteurs.
Deux leçons pratiques reviennent sans cesse. D'abord, décrocher le premier client est rarement le plus dur: c'est sur le service après-vente, les pièces de rechange et le support technique local que butent bien des projets d'expansion. Ensuite, le choix du partenaire compte plus que le nombre: un distributeur ou un partenaire de coentreprise bien choisi, doté d'un réel accès au secteur, est généralement plus efficace qu'un réseau dispersé.
Pour les PME de l'industrie tech suisse, trois leviers font la différence dans le contexte actuel. Le premier consiste à exploiter pleinement le TEPA: passer son portefeuille de produits au crible du calendrier tarifaire, vérifier sa conformité aux règles d'origine et intégrer l'accès préférentiel dans sa politique de prix pour l'Inde dès le premier jour. Le deuxième est de se diversifier au sein même de l'Asie-Pacifique plutôt que de traiter la région comme un bloc homogène: une implantation en Asie du Sud-Est vient de plus en plus compléter, et non remplacer, une présence en Chine. Le troisième est d'investir tôt dans des capacités techniques et de service locales, car les exigences des clients d'Asie-Pacifique en matière de décarbonation, d'efficacité énergétique et de services numériques progressent vite et ne peuvent se piloter à distance depuis la Suisse.
S-GE et les Swiss Business Hubs présents dans la région, intégrés au réseau diplomatique suisse, accompagnent les entreprises tout au long de leur parcours à l'export — de l'analyse de marché et du conseil stratégique aux modèles de gestion des partenaires de distribution et à la mise en œuvre sur le terrain. Parmi les points d'entrée concrets: les ateliers export de S-GE et les projets sur mesure de Market Intelligence destinés aux entreprises qui évaluent des opportunités précises en Asie-Pacifique. Plus d'informations sur s-ge.com.
Passez en revue les portefeuilles de produits par rapport au tarif douanier, vérifiez la conformité aux règles d'origine et intégrez l'accès préférentiel dans la tarification pour l'Inde dès le premier jour.
Un ancrage en Asie du Sud-Est complète de plus en plus la présence en Chine, plutôt que de la remplacer. Considérez la région comme plusieurs marchés distincts, et non comme un bloc unique.
Les demandes de décarbonation, d'efficacité énergétique et de services numériques des clients de la région APAC augmentent rapidement et ne peuvent pas être traitées à distance depuis la Suisse.
Daniel Bont
Senior Consultant, Switzerland Global EnterpriseL'Asie-Pacifique de 2026 n'est plus l'histoire de croissance facile qu'elle était il y a dix ans, mais elle demeure le plus vaste réservoir d'investissement industriel au monde. Et, grâce au TEPA, le cadre offert aux exportateurs suisses s'est nettement amélioré. Pour les entreprises MEM suisses prêtes à affiner leur ciblage, à investir dans des capacités de service locales et à exploiter intelligemment le nouvel accord commercial avec l'Inde, la région offre encore de réelles marges de croissance.